
Sur cette page, je vous parle de ce qui active mon travail : sa mise en mouvement et la manière dont les pièces prennent forme.
Le point de départ : émotions et paradoxes :
Je travaille d’abord le paradoxe au sens large. C’est-à-dire ce qui cohabite sans aller ensemble, comme les émotions contradictoires ou les matières qui se rejettent
D’autre part, mon travail s’inspire de ce que je ressens face à mon environnement, au quotidien. De la joie à la colère, en passant par la solitude, ce ne sont jamais des émotions neutres. Elles sont vives, positives ou négatives, souvent même, les deux à la fois.
Mes images sont une façon de donner une forme visible à des états intérieurs.
Pourquoi le textile ?
J’ai choisi la laine naturelle parce qu’elle appartient à la vie ordinaire. Autrement dit, c’est une matière liée au confort et à l’usage, dont on oublie souvent la beauté. J’aime l’idée de la présenter de manière plus précieuse, en tant que support artistique.
Dans mes pièces, elle devient surface et zones de couleur. C’est sur cette trame que les autres médiums -peinture, encre, spray – apportent le relief et le contraste.
Je les contrains à la coexistence.
Couleur, trait et langage visuel :
La couleur est centrale dans ma démarche artistique visuelle. Je détourne son sens premier pour créer un nouveau message. Ainsi, le bleu ne sera plus le reflet du calme et de l’apaisement mais celui du malaise, par exemple.
En outre, j’utilise des couleurs franches et affirmées qui sont là pour renforcer, soutenir et affirmer. J’aime, par dessus-tout, la charge émotionnelle qu’elles portent.
En parallèle, le trait noir est l’autre pilier de mon langage. Il contraste et donne aux formes une présence graphique forte. C’est ce qui relie mon travail à l’univers de la BD, de la pop culture et de l’art urbain.
Figures et objets :
Mes œuvres sont toujours figuratives : ce sont des personnages ou des objets usuels.
Les figures sont presque toujours féminines ; probablement parce qu’elles portent quelque chose de moi. Elles incarnent ce que j’appelle le « non-idéal » : des identités à défauts, puissantes et charismatiques.
Ainsi, j’imagine des personnages ambigus et vivants, qui déculpabilisent de ne pas être parfait.
Quant aux objets, je les choisis pour l’émoi qui leur est associé, qu’il s’agisse d’un souvenir, d’un contexte, ou encore d’une époque.
Ce que je cherche à provoquer :
Je ne cherche pas à produire une réaction précise. Je sais que mes œuvres peuvent attirer, agacer ou repousser, et je l’accepte. Toutefois, ce que l’autre ressent ne m’appartient pas. Je suis responsable de ce que je mets dans la pièce, mais pas de ce que chacun y projette.
Pour autant, la lecture extérieure d’une pièce m’apporte parfois une vision à laquelle je n’avais pas pensée, et que je trouve très enrichissante. Le spectateur devient alors le détenteur d’un message. C’est un échange de rôles, le temps d’un instant, qui renforce encore le paradoxe.
Ce qui ne se négocie pas :
Je ne fais pas de reproduction. Chaque œuvre est unique, pensée et réalisée comme telle.
Même lorsque je travaille à partir du projet de quelqu’un, ce n’est jamais selon un cahier des charges visuel. Bien sûr, il y a un échange, mais l’image et la manière dont la pièce prend forme restent les miennes. Sans cela ce n’est plus une œuvre.


