Tapis original raconté sur fond de fausse chronique criminelle

« Pontorson, dans la banlieue du Mont Saint Michel. Ce jour-là, la météo est radieuse (evidemment, nous sommes en Normandie). Lou, créatrice d’art textile et déco décalée en tufting, termine un tapis original dans son atelier quand elle ressent une vive douleur dans la poitrine. Son conjoint intervient aussitôt, pensant à un surmenage ou un pic de stress ! Mais non… Il en est tout autre. On vient d’essayer d’ATTENTER à sa vie. Encore fébrile, elle désigne son portable du doigt, à l’instar d’E.T, la maison. Sur l’écran un MP est ouvert :
 » Bonjour ! J’ai un problème avec mon tufting, je l’ai passé à la machine à laver… ».
Et là, c’est le drame. La suite, Lou ne la lira jamais. On vient d’essayer de la tuer. »


Dans le système judiciaire, les crimes textiles sont considérés comme particulièrement monstrueux. À coté du Mont St Michel, les inspecteurs qui enquêtent sur ces crimes sont membres d’une unité d’élite, appelée Unité spéciale pour tapis original. Voici leurs histoires. (toum. toum.)

Affaire 404 : Torture à l’essorage

Les faits reconstitués :

Nous sommes le 3 avril 2025. Il est 16h32. J’ouvre un MP pro sur Instagram pendannt ma pause.

C’est une cliente qui m’écrit, enthousiaste : « Coucou ! Trop contente de ma déco pop colorblock ! Mais je l’ai passé en machine à 40°, programme coton, avec une boule anti-bouloche. Et là, il est tout bizarre. Est ce qu’il va redevenir normal au séchage? »

La photo jointe est insoutenable. Une véritable scène d’horreur. Le tufting mural a été noyé puis torturé à l’essorage. La colle a ramolli, la laine s’est décollé. Il gît dans une flasque d’eau savonneuse, recroquevillé. On devine déjà qu’il ne sèchera jamais et qu’il sentira mauvais pour toujours.

Je m’effondre au sol, puis tombe dans les pommes »

Cette magnifique décoration murale jadis éclatante de mille feux, ne sera plus jamais comme avant.

Analyse de l’experte :

Ici, nous avons manifestement à faire, à une personne totalement déconnectée de la réalité. Elle ne se rend pas compte qu’elle a fait quelque chose de dangereux et inapproprié. Mon conseil à son entourage : ne lui confiez jamais votre chat.

Condamnation :

  • 20 heures de travail d’intérêt général dans une laverie automatique.
  • Un stage de sensibilisation à l’entretien du tapis d’art et du tapis original en laine naturelle.

Affaire 8 : Insulte de « paillasson » sur tapis original

Les faits reconstitués :

Nous sommes le 07 février 2025, il est 10h44, pendant les Geek Days de Rennes, quand une passante s’approche du stand. Elles regardent les décorations colorées et tapis tuftés, avec intensité. Elle me sourit. Et la scène qui suivra hantera mes nuits à tout jamais. Elle me dit :

« Ils sont très beaux vos PAILLASSONS » .

Je reste figée. Ma main tremble légèrement. Mon sourire ressemble à une crampe. Un badaud filme la scène . Les victimes – l’ensemble des pièces déco uniques – resteront traumatisées à vie.

Analyse de l’experte :

Confondre un tapis design unique avec un objet pour s’essuyer les pieds est une grave infraction. C’est une insulte de rang 1 pour tout tapis de sol de qualité. L’équivalent, à titre d’exemple, serait d’annoncer :  » Elle est très bonne cette villageoise » au sujet d’un château Lafite. Ce serait de très mauvais goût ! ( petite parenthèse, c’est également de très mauvais goût au sujet d’une villageoise.)

Condamnation :

  • 38 heures de visionnage forcé de vidéos sur la fabrication de tapis d’art.
  • Interdiction de prononcer le mot « paillasson » en public pendant 3 ans.
  • Injonction d’éloignement des décorations et tapis uniques Le Cerne Noir.

Affaire 12B : L’Empoisonneur à l’acétone : La traque du tapis original.

Les faits reconstitués :

Le 22 mars 2025, à 18h07. Une notif SMS retentit. J’ouvre. Il est accompagné d’une photo floue et inquiétante. Le message dit :  » J’ai fait tomber de la peinture acrylique sur le superbe tapis en laine naturelle que je me suis procuré anonymement, par personne interposée. Je l’ai nettoyé EXPRES avec de l’acétone et maintenant, il est mort ! Je n’aurai de cesse de poursuivre mon œuvre tant que les créations en laine présentent sur le site de Gala ne seront pas TOUTES éliminées ! Gnarkgnarkgnark! »

Je zoome, le tapis est devenu bleu. C’est terminé. La peinture est imbibée dans les profondeurs de la laine. La fibre est détruite et grasse. J’allume une bougie à sa mémoire. Une bougie parfumée à l’eucalyptus. (l’acétone, ça sent fort !)

Analyse de l’experte :

Nous avons clairement à faire, ici, à une personne perverse qui cherche à nuire la décoration design unique, ainsi qu’à la propriété hydrophobe de la laine. On peut imaginer que l’individu aura eu une expérience traumatisante dans son enfance, comme glisser dans une flaque d’eau avec un pull en laine, qui aura maintenu son t-shirt trempé, en dessous. Croiser des tapis artisanaux en laine mérinos aura réveillé la douleur ancienne.

Condamnation :

Affaire non-jugée, en cours d’instruction. Agresseur toujours en liberté.

Affaire 117 : Faute de goût aggravée

Les faits reconstitués :

Nous sommes le 14 janvier 2025, il est 7h46. Il fait froid dehors. Un couple, que nous appellerons Jacky et Michelle, a hâte de retrouver sa maison douillette après l’avoir prêtée à de la famille de passage, le temps d’un week-end. Ils ne s’attendent alors pas au choc qu’ils vont vivre cette matinée-là.

Jacky et Michelle ont adopté un tapis de sol, Le Cerne Noir, quelques semaines plus tôt, qu’ils ont placé en descente de lit. C’est en entrant dans leur chambre que l’insoupçonnable éclate au grand jour : une paire de Crocs mauve à paillettes, abandonnée en plein milieu de leur tapis de créateur. Jacky sort de la pièce, pris de nausée. Michelle reste médusée.

Ce sera un véritable calvaire pour eux que de témoigner pendant le procès.

Analyse de l’experte :

Après analyse de la scène, il est presque sûr que le(a) criminel(le) n’en était pas à son coup d’essai. Nous sommes face à un individu qui n’a aucun respect pour la matière naturelle de qualité, et ne voit aucun inconvénient à y superposer une chaussure en plastique qui, même visuellement, pue des pieds !

Condamnation :

  • Confiscation immédiate des « chaussures ».
  • Obligation de suivre un stage intensif de rééducation chromatique et matière, avec visionnage commentée de l’œuvre de Yayoi Kusama.
  • 1 an de prison, dont 6 mois ferme (parce que sérieux, faut pas déconner)

Je suis infiniment reconnaissante envers ce couple qui a eu le courage de témoigner et de participer activement à la condamnation de ce massacreur. Alors, on dit merci qui?

Affaires à suivre

Malheureusement de nombreux crimes textiles ont lieu quotidiennement.

Chaque jour, quelque part en France, un tapis original est maltraité.

Mais moi, Lou, je m’engage à continuer de raconter ces crimes, pour qu’un jour on puisse enfin dire : Plus jamais ça.

A bientôt.

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